Introduction au droit disciplinaire

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23 mai 2019 Droit disciplinaire

Le droit disciplinaire est la branche de droit qui est vouée au contrôle de la conduite des professionnels encadrés par un ordre professionnel, en fonction des normes particulières qui régissent l’exercice d’une profession. Ce domaine de droit administratif est dit sui generis, ce qui signifie « de son propre genre », en raison du fait que chaque profession est encadrée par des lois et règlements qui lui sont propres. D’autre part, le processus disciplinaire emprunte certains principes au droit civil et au droit pénal, ce qui en fait un système juridique hybride.

Chargé d’assurer la protection du public, le syndic de l’ordre professionnel s’acquitte de sa mission en procédant par voie de recours disciplinaires. C’est au terme d’une enquête indépendante que le syndic peut, s’il conclut que le professionnel a commis une infraction déontologique, déposer une plainte devant le conseil de discipline. Le syndic agit alors à titre de partie plaignante et indique dans l’acte le chef d’infraction reproché à l’intimé. S’engage alors un processus aux effets coercitifs qui s’apparente grandement à celui prévu en droit pénal.

Les professionnels membres de l’ordre ont notamment l’obligation de collaborer à l’enquête du syndic menée à leur égard et une contravention à cette obligation peut constituer en soi une infraction d’entrave au travail du syndic. Puis, advenant le dépôt d’une plainte disciplinaire, le Code des professions prévoit que le membre intimé est un témoin contraignable et donc, qu’il ne saurait valablement invoquer le droit au silence.

Devant le conseil de discipline, le fardeau de la preuve est le même qu’en droit civil et repose entièrement sur les épaules du plaignant. Le syndic doit donc faire la démonstration au moyen d’une preuve claire et convaincante, selon la balance des probabilités, de la commission de l’infraction reprochée au professionnel. Par ailleurs, le droit disciplinaire est une forme de « justice par les pairs », puisque le conseil de discipline est formé en partie de membres exerçant la profession en cause, ce qui en fait une instance hautement spécialisée.

Advenant, que l’intimé soit déclaré coupable d’avoir commis la faute déontologique reprochée, le conseil lui imposera une sanction. Les critères d’imposition de la sanction disciplinaire ont été clairement définis dans l’arrêt Pigeon c. Daigneaultde la Cour d’appel du Québec. D’abord, considérant que chaque plainte est un cas d’espèce et que la sanction doit correspondre aux faits du dossier, le conseil doit s’assurer de remplir les objectifs de protection du public, de dissuasion de récidiver, d’exemplarité et de droit d’exercice de la profession. Ensuite, le conseil tient compte, sur le plan des facteurs objectifs, de l’effet des gestes posés sur le public, du lien de l’infraction avec l’exercice de la profession et du fait qu’il s’agisse ou non d’un acte isolé. Puis, sur le plan des facteurs subjectifs, le conseil considère l’expérience de l’intimé, ses antécédents disciplinaires, son âge et sa volonté de corriger sa conduite. Certaines autres circonstances aggravantes et/ou atténuantes sont susceptibles d’influencer la décision du conseil relativement à la sanction. L’intimé peut notamment, à titre de sanction, se voir ordonner de payer une amende, voir son droit d’exercice être radié temporairement ou de façon permanente, se voir infliger une réprimande et/ou se faire ordonner de réussir un cours de formation en particulier.

Enfin, il est également possible que la décision d’un conseil de discipline soit contrôlée judiciairement ou fasse l’objet d’un appel, selon les procédures prévues à sa loi constitutive ou aux dispositions auxquelles cette loi réfère. Le droit disciplinaire, bien qu’il soit rarement mis en oeuvre par des avocats, demeure un domaine de droit à part entière. Son caractère autonome, par la nature des institutions qui l’appliquent, en fait un domaine où les normes peuvent évoluer rapidement. Il est donc important pour un professionnel de bien connaître ses obligations déontologiques et d’adopter une conduite conforme aux normes qui encadrent sa pratique.

Ce texte a été publié sur le blogue juridique de Thomson Reuters-Les Éditions Yvon Blais le 4 février 2019.

Ce bulletin fournit des commentaires généraux sur les développements récents du droit. Il ne constitue pas un avis juridique et aucun geste de nature juridique ne devrait être posé sur la base des renseignements qu'il contient.

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